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Taxe Gafam : fonctionnement, taux de 6 % en 2026 et effets sur les PME

Taxe Gafam : fonctionnement, taux de 6 % en 2026 et effets sur les PME
7 novembre 2026 Betty Malois 9 min de lecture

La taxe Gafam est le nom courant de la taxe sur les services numériques (TSN) créée par la loi du 24 juillet 2019. Elle frappe le chiffre d’affaires réalisé en France par les très grands groupes du numérique sur trois activités : l’intermédiation en ligne, la publicité ciblée et la revente de données. Le taux, fixé à 3 % depuis 2019, a été porté à 6 % par la loi de finances pour 2026, avec un seuil mondial relevé. Les PME ne la paient pas directement, mais elles en subissent souvent la répercussion.

Derrière l’acronyme Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), la loi vise en réalité une trentaine de groupes, souvent américains, mais aussi européens et asiatiques. Pour un dirigeant d’entreprise en Auvergne, l’enjeu n’est pas de déclarer cette taxe : c’est de comprendre pourquoi ses commissions sur une marketplace ou ses campagnes publicitaires en ligne coûtent plus cher, et ce que la hausse votée pour 2026 peut changer dans ses marges.

Taxe Gafam : ce que prévoit la taxe sur les services numériques

La loi n° 2019-759 du 24 juillet 2019 a inséré dans le code général des impôts un nouvel impôt, codifié aux articles 299 et suivants. Son principe est simple : taxer non pas le bénéfice, mais les sommes encaissées en contrepartie de services numériques fournis en France. Ce choix répond à une difficulté ancienne : les plateformes génèrent une valeur importante à partir des utilisateurs français, tout en déclarant l’essentiel de leurs profits dans des pays à fiscalité réduite.

La taxe s’applique de façon rétroactive aux sommes perçues depuis le 1er janvier 2019. Elle a été pensée dès l’origine comme une mesure transitoire, dans l’attente d’une solution internationale. Cette solution, toujours pas entrée en vigueur à la fin de 2026, explique que la taxe ait été maintenue et même renforcée.

Il s’agit d’un impôt sur le chiffre d’affaires, ce qui le rapproche par sa logique d’autres prélèvements assis sur les recettes. Pour situer ce mécanisme parmi les autres impositions de ce type, vous pouvez consulter Les dernières actualités sur la taxe sur le chiffre d’affaires en France.

Les trois services numériques taxés et ceux qui y échappent

Seules trois catégories de services entrent dans le champ de la taxe Gafam. Tout le reste de l’économie numérique, y compris des activités très rentables, reste en dehors.

Service numérique Exemples Assiette taxée
Intermédiation en ligne Places de marché, plateformes de réservation, mise en relation entre particuliers Commissions et frais versés par les utilisateurs pour accéder à l’interface
Publicité ciblée Moteurs de recherche, réseaux sociaux, régies publicitaires en ligne Sommes versées par les annonceurs pour des messages ciblés selon les données des utilisateurs
Vente de données Cession de données personnelles collectées sur une interface à des fins publicitaires Prix de vente des données

Sont exclus notamment la vente en ligne de biens par un commerçant pour son propre compte, la fourniture de contenus numériques (vidéo à la demande, musique, jeux), les services de communication, les paiements et certains services financiers réglementés. Un site marchand qui vend ses propres produits n’est donc jamais concerné à ce titre, même s’il est très gros.

La localisation en France repose sur la présence de l’utilisateur sur le territoire, déterminée notamment grâce à l’adresse IP de l’appareil. C’est ce critère qui permet de taxer un groupe établi hors de France, sans lien avec l’endroit où il facture.

Seuils de chiffre d’affaires et taux de la taxe Gafam depuis 2019

Un groupe n’est redevable que s’il dépasse deux seuils cumulatifs, appréciés sur l’exercice précédent : un seuil mondial de chiffre d’affaires sur les services taxables et un seuil de 25 millions d’euros pour la part réalisée en France. Ces seuils excluent de fait les start-up et les acteurs régionaux, même lorsqu’ils exploitent une plateforme d’intermédiation.

Période Seuil mondial (services taxables) Seuil France Taux
2019 à 2025 750 millions d’euros 25 millions d’euros 3 %
À partir de la loi de finances pour 2026 2 milliards d’euros 25 millions d’euros 6 %

Le relèvement a été obtenu par amendement parlementaire lors de l’examen du budget, à l’automne 2025, puis intégré au texte définitif adopté début 2026. Le double mouvement est voulu : moins de groupes concernés grâce au seuil mondial plus élevé, mais une charge doublée pour les plus grands. En janvier 2026, le Conseil constitutionnel a par ailleurs conforté le régime de cette taxe, ce qui réduit l’incertitude juridique pour les finances publiques. Les modalités exactes d’entrée en vigueur du nouveau taux sont à vérifier dans le texte publié et la doctrine administrative.

Taxe Gafa européenne, OCDE et loi française : ne pas tout mélanger

Les recherches sur la taxe Gafa confondent souvent trois projets distincts :

  • Le projet européen de taxe numérique proposé par la Commission en 2018 : il n’a jamais été adopté faute d’unanimité, et la piste d’une redevance numérique européenne a été suspendue en juillet 2021.
  • L’accord de l’OCDE conclu en octobre 2021 par près de 140 pays : son Pilier 1 doit réattribuer une part des bénéfices des multinationales aux États où se trouvent leurs clients, et son Pilier 2 instaure un impôt minimum mondial de 15 %. Le Pilier 2 est appliqué dans l’Union européenne depuis 2024, mais le Pilier 1 reste bloqué.
  • La loi française de 2019, seule réellement en vigueur pour les services numériques, à côté de dispositifs comparables en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni ou en Autriche.

Cette distinction a des conséquences concrètes. La France a accepté en 2021 un compromis avec les États-Unis : la taxe nationale disparaîtra quand le Pilier 1 s’appliquera, et l’excédent payé entre-temps pourra être imputé. Les tensions commerciales avec Washington, qui a plusieurs fois menacé de sanctions douanières, pèsent sur chaque débat budgétaire consacré à cette taxe.

Déclaration et paiement de la TSN par les groupes redevables

La taxe est déclarée et payée par l’entreprise du groupe qui réalise les services, auprès de la direction des grandes entreprises, selon un calendrier calqué sur les obligations de TVA, avec des acomptes et une régularisation annuelle. Une entreprise établie hors de l’Union européenne doit désigner un représentant fiscal en France. Les groupes concernés tiennent une comptabilité spécifique permettant de justifier la part française de leurs recettes.

Ce volet déclaratif ne concerne pas les PME clientes des plateformes. Leurs obligations restent celles du droit commun : TVA, impôt sur les bénéfices, déclarations de commissions et honoraires versés. Sur ce dernier point, la lecture de notre Décryptage de l’article 240 CGI aide à savoir quelles sommes versées à des tiers doivent être déclarées. La facturation des services numériques par une plateforme étrangère pose aussi des questions de TVA (autoliquidation, territorialité), traitées dans notre guide sur Les différents champs d’application de la TVA.

Répercussion de la taxe Gafam sur les entreprises d’Auvergne

Dès 2019, plusieurs plateformes ont annoncé qu’elles ne garderaient pas la taxe à leur charge. Amazon a relevé de 3 % ses frais de vente pour les marchands présents sur sa place de marché française, et Google a ajouté des frais spécifiques sur les campagnes publicitaires diffusées en France. D’autres acteurs ont procédé plus discrètement, en ajustant leurs grilles tarifaires.

Pour une entreprise régionale, l’effet est donc indirect mais bien réel. Un artisan du Puy-de-Dôme qui vend sur une marketplace, un hôtel du Cantal référencé sur une plateforme de réservation ou une agence clermontoise qui pilote des campagnes de publicité pour ses clients voient leurs coûts d’acquisition progresser. Avec un taux porté à 6 %, une nouvelle vague de répercussions est probable, même si chaque plateforme reste libre de sa politique commerciale.

Le phénomène touche aussi des profils moins attendus. Une exploitation agricole qui vend des produits transformés ou propose des séjours à la ferme via une plateforme supporte ces frais sur une activité accessoire, dont le traitement fiscal obéit à ses propres règles : pour mesurer leur poids dans le résultat, mieux vaut Comprendre l’article 75 du CGI et ses limites de rattachement aux bénéfices agricoles.

Erreurs fréquentes sur la taxe Gafam et conseils pour les PME

Plusieurs idées reçues circulent dans les échanges entre chefs d’entreprise :

  • Croire que toute entreprise du numérique est concernée. Les seuils écartent la quasi-totalité des acteurs français, y compris les start-up en forte croissance.
  • Confondre la taxe avec la TVA. La TSN n’apparaît pas comme une ligne de taxe distincte sur la facture client ; elle se fond dans le prix du service.
  • Penser qu’elle ne vise que cinq groupes américains. Le surnom Gafam est trompeur : des groupes européens et asiatiques y sont soumis.
  • Imaginer qu’elle disparaîtra bientôt. Tant que le Pilier 1 de l’OCDE n’est pas ratifié, rien n’oblige la France à la supprimer, et le budget 2026 va dans le sens inverse.

En pratique, trois réflexes limitent l’impact : relire les conditions tarifaires des plateformes à chaque mise à jour, intégrer les frais de commission et de publicité dans le calcul du prix de revient, et comparer régulièrement le coût d’acquisition par canal (vente directe, marketplace, publicité payante). Diversifier ses canaux reste la meilleure protection contre une hausse imposée unilatéralement.

Enfin, chaque dispositif fiscal a sa logique propre, et l’on ne raisonne pas sur une taxe numérique comme sur un régime de transparence. Pour les investisseurs qui détiennent des parts de sociétés immobilières, notre article sur Les implications du 1655 ter cgi montre bien cette différence d’approche. En cas de doute sur l’effet de la taxe Gafam sur vos comptes, un expert-comptable ou un avocat fiscaliste reste l’interlocuteur adapté.

Qui paie la taxe Gafam ?

Juridiquement, ce sont les groupes du numérique qui dépassent à la fois le seuil mondial et le seuil français sur les services taxables : moteurs de recherche, réseaux sociaux, places de marché, régies publicitaires. Économiquement, une partie de la charge est souvent transférée aux vendeurs et aux annonceurs via une hausse des commissions ou des frais de publicité.

Une PME qui vend sur une marketplace doit-elle déclarer la taxe sur les services numériques ?

Non. La PME n’est pas redevable : c’est l’opérateur de la place de marché qui l’est. Elle peut en revanche voir ses frais de vente augmenter si la plateforme répercute la taxe dans ses conditions tarifaires.

La taxe Gafam est-elle déductible du bénéfice imposable des plateformes ?

Pour les groupes redevables, la taxe sur les services numériques est en principe traitée comme une charge déductible pour le calcul de l’impôt sur les sociétés, ce qui la distingue d’un impôt sur le bénéfice. Les modalités précises relèvent de la doctrine administrative en vigueur.

Que devient la taxe Gafam si l’accord fiscal de l’OCDE entre en application ?

La France s’est engagée à retirer sa taxe nationale lorsque le Pilier 1 de l’OCDE, qui réattribue une part des bénéfices des multinationales aux pays de marché, sera effectivement appliqué. Tant que ce traité n’est pas en vigueur, la taxe française continue de s’appliquer.

Les frais publicitaires facturés en plus par une plateforme sont-ils récupérables ?

Ces suppléments font partie du prix du service publicitaire. Ils constituent une charge pour l’annonceur et suivent le régime de la facture elle-même, notamment en matière de TVA. Un expert-comptable peut confirmer le traitement adapté à votre situation.